|
|
||||
|
|
||||
| Sécurité et confidentialité | Technique | Santé | Démocratie |
Le salariat se transforme et se diversifie. Aux côtés du travail salarié et du travail indépendant émergera sans doute une nouvelle forme de travail, le travail hybride, dans laquelle le travailleur partagera son temps disponible entre une activité salariée et une activité indépendante. Beaucoup de ceux qui resteront salariés auront plusieurs employeurs.
Désormais organisés en réseaux, les travailleurs deviendront cotraitants au sein des processus économiques. Soit indépendants, soit au sein de PME, de plus en plus de travailleurs se satelliseront autour des grandes entreprises qu'ils auront quittées. Des millions de personnes, artisants, travailleurs indépendants, professions libérales, ont déjà pris l'habitude de gérer des revenus issus de leurs multiples clients. Le travailleur indépendant du futur, polyactif, apprendra à mutualiser les risques nouveaux liés à la précarité de sa situation en multipliant les activités rémunératrices.
La croissance du travail indépendant constitue un mouvement fort. Les travailleurs indépendants prendront conscience de la force qu'ils représentent au travers des réseaux. Ils montreront comment exercer une nouvelle responsabilité dans le travail.
Source: Extrait de Gérard Blanc, Le travail au XXIe siècle,
"Sénario pour un futur souhaitable", Paris, Dunod, 1995.
Les groupes de concourance
Il est de plus en plus évident pour beaucoup que les mutations en cours vont affecter profondément les modes de travail et particulièrement les structures du travail collectif. Trois facteurs y concourent.
D'abord, la nécessaire réactivité dans un monde qui bouge et qui condamne les structures rigides auto conservatrices. Ensuite, l'évolution des mentalités et de la maturité dans les démocraties modernes qui remet en question les rapports au travail et les investissements personnels par rapport au collectif. Enfin, le déferlement des moyens de télétransmission avec Internet et Intranet qui ouvre des possibilités insoupçonnées tant sur le plan des outils que sur celui des conduites individuelles et collectives. Les apports au travail, les structures par projet, la question du télétravail et enfin ce que certains appellent travail coopératif ou collaboratif sont des indicateurs des préoccupations émergentes. En fait, tout cela marque l'achèvement annoncé de la prédominance de deux modèles:
Celui du monde industriel dont le taylorisme n'a cessé d'être le référent avec la "réduction" du travail à l'opératoire plus ou moins décomposé en tâches élémentaires aliénantes. Celui du monde administratif où la conservation d'une architecture statique des fonctions transforme les organisations en systèmes de procédures autoréférencées. Or, si les thèmes de l'animation d'équipe, des groupes autonomes, groupes de progrès ou cercles de qualité ont fleuri au cours des dernières décennies, ils n'ont pas donné lieu à l'établissement d'une doctrine suffisamment fondée et étayée en pratique qui puisse faire référence. La dérive gestionnaire, conjuguant les défauts des deux anciens modèles, poursuit ses ravages en décomposant le tissu de la société de travail au profit d'une rationalité économique et spéculative disjointe. Le champ de la problématique est très large. Il touche à la structure de travail des entreprises avec la multiplicité des formes d'activités et de partenariat. Il touche à la structure de travail des services publics mais aussi à la ville et au développement dans les collectivités locales. Il touche aussi au type de relations entre les entreprises, les institutions, les espaces du politique et aussi entre les régions et les nations, comme dans le cas de l'Europe. Au fond, au travers du modèle de travail en groupe, c'est toute la question du lien structurant les communautés engagées dans un projet et leur conduite qui est posée. C'est probablement en résolvant ce problème à l'échelle pragmatique du groupe de projet que l'on pourra en tirer des enseignements généralisables.Voir le Salon de lecture de Roger Nifle.
Le sens du travail productif va évoluer et s'élargir. Il va sortir du carcan imposé par les premiers économistes qui appelaient travail productif toute activité qui reçoit rémunération. Cette définition conduisait au partage strict de toutes les activités de veille entre celles qui méritaient d'être appelées travail et les autres. Le travail ne se définira plus uniquement par la participation à la production.
"La robotisation sape dans tous ses fondements la condition ouvrière", constatait Alain Cotta en 1987. Les relations sociales comme l'aliénation, l'exploitation économique, les rapports de production, ces notions liées à la machine-outil de la révolution industrielle, commencent à perdre leur sens. Il existe une possibilité que la classe ouvrière prenne au XXIe siècle le même chemin que la classe paysane dans le dernier quart du XXe siècle et disparaisse en tant que telle ou se transforme complètement.
Déjà dans les années 70, le réseau devenait le mode d'organisation recherché par ceux qui s'occupaient d'informatique et de télécommunications, comme par ceux qui prônaient des technologies alternatives et des relations conviviales. Ivan Illich a été parmi les premiers à associer le terme avec l'idée de convivialité, d'entraide, de partage. Dans Une société sans école, il préconise que l'éducation prenne beaucoup plus la forme d'échanges entre égaux et passe par l'intermédiaire de réseaux.
Le réseau téléphonique nous a fait entrer dans la communication un-un, la messagerie électronique nous ouvre la potentialité de la communication de tous-à-tous. La culture réseau est porteuse de promesses, mais elle n'est pas donnée. Elle nécessite d'abandonner le rêve de tout contrôler. Proclalmer la culture réseau dans ses dimensions, ses aspects et sa diversité, l'organiser ensuite matériellement pour construire de nouvelles pratiques et forger des mentalités qui s'adapteront à l'avenir, tels sont les points de passage obligés d'un changement de paradigme d'organisation et de travail.
L'État sera aussi obligé de repenser son rôle en matière de marché de l'emploi. Il ne peut plus y intervenir directement, ni chercher une loi générale applicable à tous les secteurs d'activité indifféremmment, ni confondre les missions qui relèvent de l'offre et de la demande d'emploi avec celles qui relèvent du traitement social du chômage. La gestion d'individus polyvalents, polyactifs, ne pourra plus être assurée de manière administrative. L'homme polyactif, trop complexe et trop autonome, a besoin d'être suivi individuellement. Les initiatives privées, professionnelles, domineront le marché de l'emploi, mais il sera demandé à l'État d'inventer des mécanismes de sauvegarde et de régulation qui conservent la flexibilité de l'emploi.
Il semble qu'en matière de solidarité, l'État soit arrivé à la limite de son efficacité; trop de solidarité risque de tuer la solidarité. Ce sera le grand chantier du XXIe siècle de redéfinir une solidarité à laquelle participeront l'ensemble des acteurs sociaux (syndicats, patronat, etc.) qui adopteront peut-être la logique du réseau.
Source: Extrait de Gérard Blanc, Le travail au XXIe siècle, "Sénario pour un futur souhaitable", Paris, Dunod, 1995.
Le travail est-il maudit?
L'homme n'a pas de tâche prédéterminée, mais peut assumer "n'importe quelle oeuvre". C'est sa liberté même qui le définit, son activité qui essentiellement le constitue. L'humaniste et grand architecte florentin
Leon-Battista Alberti le déclare sans ambages: "L'homme est créé pour agir, l'utilité est sa destinée." Cette formule lapidaire est le contre-pied
direct de la conception occidentale traditionnelle de la destinée humaine, et notamment des penseurs grecs les plus prestigieux, pour qui le travail est une activité servile, indigne de l'homme libre. Sans doute la tradition de l'écriture exaltait les oeuvres et les mérites des patriarches et des
saints de l'Ancien Testament, qui leur avaient valu la bénédiction de
Yahvé, l'abondance des ans, de la progéniture et des troupeaux. Mais
l'église en avait retenu bien davantage la malédiction qui pesait dès
l'origine sur le travail de l'homme. C'était en raison de sa faute qu'il
s'était vu condamner à gagner sa subsistance à la sueur de son front.
Le travail avait été, dès les débuts de l'humanité, et devait demeurer tout au long de sa pérégrination dans cette vallée de larmes et jusqu'au retour triomphant du Christ, une punition et une humiliation. Le Seigneur féodal, propriétaire du domaine, et les nobles médiévaux dans leur ensemble avaient bien compris ce message: ils avaient, selon le mot de l'historien Robert Delort, comme "principale occupation de ne pas travailler", se consacrant tout entiers aux nobles exercices du sport et de la guerre. Rapidement, à mesure que se répand en Europe la vision d'un nouvel ordre des choses et d'un homme nouveau, le travail perd son caractère humiliant et dégradant. Par le travail sous ses diverses formes, par son action dans la cité, sa maîtrise des techniques ou son activité marchande, l'homme prouve sa force morale et son efficacité. À l'instar des Romains, qui constituent pour les humanistes le parfait modèle de vie autant que de beau langage, les hommes de la Renaissance sont invités à pratiquer la vertu. Comme l'expliquera clairement Machiavel au début du XVIe siècle, il ne s'agit plus là de la vertu chrétienne, qui ne peut concourir au salut de l'homme que dans la mesure où l'inspire et l'assiste la grâce divine, mais bien plutôt de la force virile par laquelle l'homme affirme sa liberté et sa grandeur. Le monde et l'histoire où elles s'exercent et triomphent ne sont plus régis par la prescience et le vouloir divins, mais soumis aux
caprices de la fortune et à un aveugle destin.
Cette conviction que l'homme est éminemment responsable de son devenir, et qu'il atteint à sa dignité d'homme par l'exercice de son libre arbitre dans l'action efficace, pénètre généralement la pensée des humanistes. C'est dans toutes les sphères d'action que le travail se trouve ainsi revalorisé, sans exclure, bien au contraire, le domaine économique et l'activité marchande. Le noble médiéval, dont la guerre constituait la raison d'être, trouvait indigne de s'occuper lui-même de l'exploitation de son domaine et méprisait les bourgeois qui s'enrichissaient autrement que par la noble activité guerrière, donc de manière douteuse. La morale du Moyen âge prohibait, par ailleurs, le prêt à intérêt et prônait le juste prix. Dès le XIIIe siècle, cependant, cette société féodale avait commencé de se désagréger et s'était amorcée la "longue marche vers le capitalisme", qu'il suffit d'évoquer ici. Corrélativement, toute tentative de fuir le monde est considérée comme une désertion, la vie monastique comme inutile et parasitaire. À l'apologie de la pauvreté, de la solitude et de la contemplation silencieuse se sont substitués l'exaltation de la puissance de l'homme et de ses inventions techniques, l'éloge du travail rentable et de la profession, de la famille et de l'action engagée dans le développement de l'économie et de la cité. C'est le travail et l'oeuvre de l'homme qui désormais le définissent, l'intelligence et la connaissance se soumettent maintenant aux exigences de l'action. Le puritanisme protestant en fournira la justification théologique et verra dans le succès matériel de l'homme sur terre le signe même de sa prédestination divine au bonheur céleste. Progressivement, pour reprendre une observation très judicieuse de Max Weber, les énergies de l'homme seront empêchées de se déployer dans le champ du plaisir et contraintes de s'investir dans le travail, dans la croissance économique, dans le désir du gain.
Parmi les hommes remarquables de la Renaissance, il en est un qui en épouse de manière exemplaire les espoirs et les ambitions: Léonard de Vinci, dont chacun connaît l'audace technique, les extraordinaires dons d'invention, les vues prophétiques. C'est le même homme, cependant, qui consigne dans ses carnets intimes des réflexions assez troublantes, sur lesquelles on n'a guère jusqu'ici attiré l'attention. Il observe en substance que les découvertes techniques, tout en libérant l'homme de la servitude, entraîneront un jour la destruction du monde. On peut y lire des phrases comme celles-ci: les forêts seront dévastées..., d'innombrables animaux périront..., les hommes pourchasseront tous les êtres animés..., rien ne survivra sur la terre, ou sous la terre et l'eau, qui ne soit poursuivi, dégradé, ou détruit. Ces textes sont vieux de cinq siècles.
Un siècle plus tard intervient ce qu'on a appelé la révolution galiléenne, qui dans son essence ne consiste pas, comme on l'affirme trop souvent, dans la valorisation de l'expérience, mais qui permet de vérifier, grâce à la lunette astronomique, la validité des calculs théoriques de Copernic qui contestaient le géocentrisme officiel. La révolution galiléenne est d'abord et surtout une révolution théorique qui considère les mathématiques comme la "clé même de la compréhension de la nature". Cette décision de faire de la science mathématique la science même de la nature devait, bien sûr, avoir des conséquences incalculables sur la conception du rôle de l'expérience. Mais il importe bien davantage de comprendre que c'est d'abord une décision d'ordre philosophique, qui transforme le rapport de l'homme à son univers. Voir Gaétan Daoust, "Un homme en quête d'identité".
Association des travailleurs et travailleuses autonomes du Québec
Association française du télétravail et des téléactivités
Banque de développement du Canada
Cyberworkers (France)
Fondation de l'Entrepreneurship
Home Office Association of America
La toile du Québec
Site du télétravail sur Internet
Solutions travail à domicile Bell
Travailleurs autonomes du Québec, par spécialités
Le travail autonome et à domicile est en pleine croissance. On comptait 386047 travailleurs autonomes québécois en 1989 contre 507 068 cinq ans plus tard. Depuis 1980, l'augmentation du nombre de travailleurs autonomes est de 49%. Aux États-Unis, le nombre de travailleurs à domicile dépassait Les 10 millions en 1996. "Diverses causes expliquent cette croissance, dit Gilles Roy, chargé de projet à la Chaire d'entrepreneurship Maclean Hunter de l'École des HEC et auteur d'une récente étude intitulée Diagnostic sur le travail autonome. Et l'on trouve autant de facteurs pull (attrait envers le travail indépendant) que des facteurs push (travail autonome par "obligation", à defaut de mieux)". D'abord, les nombreuses compressions dans les entreprises ont rendu disponibles bon nombre de travailleurs expérimentés et spécialisés dans une multitude de domaines. Ces travailleurs ont réalisé qu'il était difficile de se relocaliser dans des conditions identiques. Ils ont donc choisi de mettre à profit leur expertise en se lançant à leur compte. Un exemple frappant est celui des fonctionnaires provinciaux qui ont quitté leur poste ces dernières années. L'Association des travailleurs et travailleuses autonomes du Québec (ATTAQ) estime que 25% d'entre eux toucheront éventuellement au travail autonome et que 6% en retireront leurs seuls revenus. Paradoxe intéressant, plusieurs travailleurs remerciés de leurs services trouvent un client en leur ex-employeur. Les entreprises préfèrent acheter leurs services plutôt que de les embaucher et, ainsi, devoir verser des cotisations au régime des rentes, à l'assurance-maladie, à la CSST, etc. Des facteurs de faisabilité sont aussi à considérer, comme la mise en place de programmes de financement et d'encadrement en démarrage d'entreprises, autant par les gouvernements (Services d'aide aux jeunes entrepreneurs, aide au travail indépendant, etc.), que par les institutions financières. De nombreux programmes de formation en démarrage ont aussi vu le jour ces dernières années, dans des collèges privés et publics, des commissions scolaires ou des organismes gouvernementaux. Enfin, la culture entrepreneuriale est un autre aspect ayant influencé la popularité du travail autonome. "Désormais, il est bien vu de se lancer à son compte, signale Gilles Roy. À une certaine époque, c'était le contraire. Un travailleur indépendant était perçu comme quelqu'un qui était incapable d'être embauché par un employeur". Ce phénomène culturel n'est pas exclusif au Québec. Par exemple, un récent sondage du Center for Entrepreneurial Leadership révélait que 69% des étudiants américains du secondaire désirent lancer leur propre entreprise.
Source: François Perreault, "Travail domicile et Internet. Le plaisir solitaire", Magazine Branchez-vous, Dossier Travailler à la maison grâce à Internet, septembre-octobre 1997, no 9.
L'avénement des nouvelles technologies et en particulier celles des autoroutes de l'information comme Internet, rendent aujourd'hui les distances et les frontières invisibles, et permettent de communiquer à travers le monde sans difficulté. D'où la possibilité de travailler à distance pour son entreprise, via un ordinateur. C'est ce que l'on appelle le télétravail, nouvelle forme d'organisation entre les employeurs et les salariés. La caractéristique de ce travail est que les relations entre l'employeur et l'employé ne sont pas directes, mais se font au moyen de l'outil informatique et/ou des outils de télécommunications. Les avantages du télétravail profitent autant à l'employeur qu'au salarié. Pour le salarié, c'est un gain de temps sur les transports quotidiens et la possibilité d'aménager son temps de travail. Pour l'entreprise, ce mode d'organisation permet de réduire les coûts sociaux, en externalisant certaines fonctions.Il permet aussi de réduire les coûts de location des bureaux. Mais c'est surout l'amélioration de la production. Selon la CATRAL (l'agence régionale pour l'aménagement du temps de travail), un salarié qui aménage son temps de travail améliore son éfficacité de 20%, et la diminution du stress entraîne des congés maladie moins fréquents. Il semble donc que le télétravail augmente la productivité et la flexibilité de l'entreprise, tout en réduisant les frais généraux et les coûts de main-d'oeuvre.
Dans une vision simplifiée, l'intranet est vu comme une plate-forme de diffusion et d'échange d'informations dans la compagnie. L'information peut comprendre les notes de service, les politiques corporatives, les procédures des ressources humaines, l'annuaire téléphonique, les listes de fournisseurs et de contacts, les listes de prix et de services, les spécifications techniques d'un produit, les documents relatifs à une norme comme ISO 9000, les contrats, les procédures de facturation et de comptabilité, les états de gestion de projets, les rapports financiers, les résultats budgétaires, etc. Cette utilisation de l'intranet, lorsqu'elle est bien maîtrisée, contribue déjà à réduire l'usage des documents papier et par conséquent les coûts de développement, de distribution, de formation et de support technique. Un autre avantage est la possibilité, grâce à des technologies de
L'intranet est aussi un outil de communication efficace. En effet, les courriers électroniques, les listes d'utilisateurs et de groupes de discussion peuvent servir de base pour une communication à distance. Cette communication aura l'avantage de pouvoir être archivée et utilisée par la suite comme source d'information. La communication entre membres d'un même groupe ou de différents groupes, autant pour des raisons formelles qu'informelles, peut être un élément d'accroissement de la productivité. Ce moyen de communication a aussi l'avantage de réduire, voire de supprimer, le recours aux moyens traditionnels de communication comme les télécopieurs, les téléphones, les photocopieurs et les imprimantes, dont la facture d'entretien est parfois très élevée.
L'Accueil
L'Anthologie
La Bibliothèque
Les Débats
Le Magazine
La Recherche
Les Liens