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Laurent Lafforgue, médaillé Fields, publie en français
Sur le plan psychologique, faire le choix du français signifie pour l'école française (en mathématique) qu'elle ne se considère pas comme une quantité inéluctablement négligeable, qu'elle a la claire conscience de pouvoir faire autre chose que jouer les suiveurs et qu'elle ne se pose pas a priori en position vassale. Bref ce choix est une attitude combative, le contraire de l'esprit d'abandon et de renoncement...

Extraits de livres
La politique linguistique au Québec, 1977-1987
Michel Plourde
Institut québécois de recherche sur la culture



Les auteurs de la Loi 22 n’avaient pas compris ou voulu comprendre qu’il était impossible de satisfaire à la fois les anglophones et les francophones. Le gouvernement apprit, à ses dépens, qu’en matière de langue, on ne peut pas servir deux maîtres. La Loi 22 se situe en pleine ambivalence entre le passé et l’avenir, entre la Loi 63 et la Loi 101, entre les anglophones et les francophones.

Dossier
Académie française
DéfinitionEnjeux



Définition
L'Académie française fut fondée en 1635, par le cardinal de Richelieu. La mission qui lui fut assignée dès l'origine était de fixer la langue française, de lui donner des règles, de la rendre pure et compréhensible par tous. Elle devait dans cet esprit commencer par composer un dictionnaire.
* * *

«On les a si souvent racontés qu'il n'est personne qui ne connaisse les humbles commencements de l'Académie française. Aux environs de 1629, dans le plus beau temps de l'hôtel de Rambouillet, quelques bourgeois de Paris, une fois ou deux la semaine, se réunissaient chez l'un d'eux, ? au coin de la rue Saint–Martin et de la rue des Vieilles–Étuves, ? Valentin Conrart, secrétaire du roi. Là, " ils s'entretenaient familièrement, comme ils eussent fait en une visite ordinaire, d'affaires, de nouvelles, de belles–lettres;… et si quelqu'un de la compagnie avait fait un ouvrage, il le communiquait volontiers à tous les autres, qui en disaient librement leur avis ". Ils s'appelaient Godeau, Chapelain, Gombauld, Giry, Habert, l'abbé de Cérisy, Malleville et Serizay, tous hommes de lettres ou presque tous, et gens de plus de goût, ou de plus de sens au moins que ne le donneraient à croire quelques–uns de leurs ouvrages :
la Pucelle de Chapelain ou l'Endymion de Gombauld. Il y avait déjà quatre ou cinq ans qu'ils se réunissaient ainsi, " avec un plaisir extrême et un profit incroyable ", quand Richelieu, par une indiscrétion de son familier Bois–Robert, fut avisé de l'existence de leur petite société. Défiance de despote, qui n'aime rien laisser en dehors de ses prises, ou peut–être tout simplement parce que l'idée lui en paraissait heureuse, il leur fit donc demander s'ils ne voudraient pas faire " un corps ", et s'assembler régulièrement sous " une autorité publique ". C'était au commencement de l'année 1634. Les futurs académiciens hésitèrent, ceux d'entre eux particulièrement qui se trouvaient appartenir, comme on disait alors, à des ennemis du cardinal; mais la résistance eût été difficile, et, après tout, si leur première indépendance avait certainement son prix, la protection du ministre pouvait leur apporter tant d'autres et de si grands avantages, qu'entraînés par Bois–Robert et surtout par Chapelain ils se résignèrent. Le cardinal aussitôt les invita, premièrement à augmenter leur nombre, qui, déjà porté de neuf à douze, le fut alors de douze à vingt–huit; et, en second lieu, à délibérer sans retard sur la forme, les statuts et la nature d'occupations qu'ils donneraient à leur compagnie. Les délibérations durèrent toute l'année 1634. Enfin, tout étant terminé, les lettres patentes qui constituaient définitivement l'Académie française, ? entre beaucoup d'autres noms proposés on avait choisi le plus simple, ? furent délivrées le 29 janvier 1635; et les statuts, en cinquante articles, autorisés par le cardinal, en sa qualité de protecteur, le 22 février.

Les
lettres patentes, rédigées par Conrart, donnaient à l'Académie pour principal objet le perfectionnement de la langue française, et les statuts précisaient les moyens qu'elle y emploierait, dont la composition d'un Dictionnaire, d'une Grammaire, et même d'une Rhétorique et une Poétique (art. 24, 25, 26). On sait que le Dictionnaire devait seul aboutir, à moins que l'on ne compte à l'Académie la Grammaire de Regnier–Desmarais, l'un de ses secrétaires perpétuels, et dont la seconde partie, celle qui devait traiter de la syntaxe, n'a d'ailleurs jamais paru. Ce furent ces lettres patentes qui fixèrent dès lors à quarante, pour n'en plus varier depuis, le nombre des académiciens. (…)

On voit quel était, à son origine, le caractère propre de l'institution. Il s'agissait en réalité, de tirer la langue française comme du milieu des autres langues, et de lui donner cette universalité, cette prééminence, et pour cela cette perfection que la grecque et la latine avaient eues dans le monde ancien. Le moment, pour bien des raisons, politiques autant que littéraires, n'en avait jamais été plus favorable, ni l'ambition mieux justifiée. Cependant, et de divers côtés, les contemporains s'y méprirent. Ainsi, pendant plus d'une année, le Parlement de Paris refusa d'enregistrer les lettres de fondation, comme s'il craignait que l'Académie ne lui fût quelque jour une rivale. C'est du moins ce que semble indiquer le soin jaloux qu'il prit dans son arrêt (9 juillet 1637) de limiter étroitement les attributions de la Compagnie nouvelle à ce qui regarderait « l'ornement, l'embellissement et l'augmentation de la langue ». Les plaisants, d'autre part, s'égayèrent abondamment sur ce rôle ingrat de peseurs de syllabes et de jurés fabricateurs de mots qui leur parut être uniquement celui des académiciens. Deux ou trois des pièces de circonstance qui coururent alors sont parvenues jusqu'à nous. Bornons–nous à citer la
Requête des dictionnaires, d'Aegidius Menagius ? en français, Gilles Ménage, ? et la Comédie des académistes ? on n'avait pas encore décidé si l'on dirait académiste ou académicien, ? qui figure dans les oeuvres de Saint–Evremond. Enfin, nul peut–être ne fit plus ou pis que Richelieu lui–même pour compromettre le crédit de l'institution naissante quand il l'engagea par ordre dans la querelle du Cid. Car, comme le faisaient observer quelques académiciens, « puisqu'à peine pouvait–on souffrir l'Académie sur la simple imagination qu'on avait qu'elle prétendait quelque empire sur la langue »; que serait–ce et qu'adviendrait–il " si elle entreprenait de l'exercer sur un ouvrage qui avait contenté le grand nombre et obtenu l'approbation du peuple ? " On sait que le cardinal ne se rendit pas à ces raisons, – ce qui prouve une fois de plus que les plus grands hommes eux–mêmes n'ont pas toujours une vue très claire des conséquences de leurs actes. »

Extrait de l'article "Académie française" de
La Grande encyclopédie (1885–1902), tome I






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