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Il ne s'agit pas dans ce livre d'une description des diverses techniques dont l'accumulation forme la civilisation technicienne, bien que l'auteur remonte jusqu'aux techniques primitives, examine celles de la Grèce, de Rome, le XVIe siècle, la révolution industrielle, etc. Il ne s'agit pas davantage pour lui de tenter un bilan positif ou négatif de ce qui est actuellement accompli grâce aux techniques. Car ce que l'on appelle en général ainsi ne sont que des vues fragmentaires et superficielles. Il ne s'agit pas, enfin, de porter un jugement éthique ou esthétique sur la technique. L'auteur a essayé seulement de transcrire, traduire, de transmettre au moyen d'une analyse globale une prise de conscience, à la fois concrète et fondamentale, du phénomène technique dans son ensemble. (pp. V-VI)
La technique est essentiellement orientale: c'est dans le Proche-Orient principalement que la technique se développe. Et elle ne comporte presque pas de fondements scientifiques. La technique tout entière tournée vers l'application ne connaît pas de théories générales: on sait que ce sont les théories générales qui, seules, donnent naissance à un mouvement scientifique. Cette prédominance de la technique en Orient, et dans tous les domaines permet de rectifier un leit-motiv: "l'esprit oriental serait tourné vers le mystique et n'a pas eu d'action concrète alors que l'Occidental serait tout entier tourné vers le savoir-faire, vers l'action donc vers la technique". En réalité nous constatons que L'Orient est au départ de toute action, autrefois et primitivement technique au sens courant, par la suite spirituelle et magique (p. 25).
La technique englobe maintenant la civilisation. Des tentatives de culture, de liberté, de poésie, etc., sont simplement insérées dans ce classeur gigantesque, dans ce fichier vivant qu'établit la technique (p. 379). Ainsi se constitue un monde unitaire et total. Il est parfaitement vain de prétendre soit enrayer cette évolution, soit la prendre en main et l'orienter. Les hommes, confusément, se rendent compte qu'ils sont dans un univers nouveau, inaccoutumé. Et de fait, c'est bien un nouveau milieu pour l'homme. C'est un système qui s'est élaboré comme intermédiaire entre la nature et l'homme, mais cet intermédiaire est tellemnt développé que l'homme a perdu tout contact avec le cadre naturel et qu'il n'a plus de relations qu'avec ce médiateur fait de matière organisée, participant à la fois au onde des vivants et au monde de la matière brute. Enfermé dans son oeuvre artificielle, l'homme n'a aucune porte de sortie, il ne peut la percer pour retrouver son ancien milieu, auquel il est adapté depuis tant de siècles.
Il est aisé de se glorifier d'échapper à ce que l'homme a toujours considéré comme une nécessité - que la pesanteur vaincue permette désormais de voler! Mais cette victoire est au prix d'une soumission, plus grande encore, à une nécessité plus rigide, la nécessité artificielle, qui domine nos vies (p. 389).
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