AccueilPrésentationIndexTextesL'auteurLe livre
La mort
La mort volontaire
La mort par groupes sociaux
La mort par pays
La mort dans les arts et les lettres
Suicidés illustres
Anthologie
Ressources
Bibliographie

La Lettre de L'Agora
Abonnez-vous gratuitement à notre bulletin électronique.
>>>


Éditions Liber

Cette encyclopédie est basée sur une série d'ouvrages publiés par Éric Volant aux Éditions Liber.

Ajouts récents
Bibliographie sur la mort
Au-delà
Je suis mort il y a vingt-cinq ans
Plus calme que le sommeil
Angéline Neveu
Poème de Sappho “A une femme aimée”
Paul Verlaine
Biodiversité menacée
Jean Feyder
Le docteur Fouks
Antonin Fouks
Le Fils
Michel Rostain
La tyrade du sphinx
Jean Cocteau
Document associé
Impossibilité de durée dan les relations humaines

François-René de Chateaubriand
Mémoires d'outre-tombe, Livre I à III, Édition présentée, annotée et expliquée par Jean Daumas, Paris, Larousse, «Classiques», 1992.
Non sans une certaine nostalgie, Chateaubriand se souvient de sa grand-mère et des relations que la dame établissait avec son entourage immédiat. Il nous esquisse une journée de son aïeule qui se reposait sur sa soeur mademoiselle de Boisteilleul des soins de la maison et invitait dans l'après-midi leurs voisines les trois demoiselles Vildéneux, au jeu de la quadrille. Le soir, l'oncle Bedée, son fils et ses trois filles joignaient la petite compagnie au souper où fusaient «mille récits du vieux temps». «En ce temps-là, dit-il dans ses Mémoires, «la vieillesse était une dignité; aujourd'hui elle est une charge». L'écrivain et homme politique se rend compte du caractère éphémère de la vie et des relations humaines ou des liens familiaux et sociaux. Depuis son jeune âge, Chateaubriand a été frappé par la proximité de la mort, non seulement de celle de ses proches ou des étrangers, mais aussi de la sienne propre. La vie est parsemée de pertes et de ruptures qui lui fait dire: «tous les jours sont des adieux

Texte
Cette société, que j'ai remarquée la première dans ma vie, est aussi la première qui ait disparu à mes yeux. J'ai vu la mort entrer sous le toit de paix et de bénédiction, le rendre peu à peu solitaire, fermer une chambre et puis une autre qui ne se rouvrait plus. J'ai vu ma grand-mère forcer de renoncer à sa quadrille, faute des partners accoutumés; j'ai vu diminuer le nombre des constantes amies, jusqu'au jour où mon aïeule tomba la dernière. Elle et sa soeur s'étaient promis de s'entre-appeler aussitôt que l'une aurait devancé l'autre; elles se tinrent parole, et madame de Bedée ne survécut que peu de mois à mademoiselle de Boisteilleul. Je suis peut-être le seul homme au monde qui sache que ces personnes ont existé. Vingt fois, depuis cette époque, j'ai fait la même observation; vingt fois des sociétés se sont formées et dissoutes autour de moi. Cette impossibilité de durée et de longueur dans les liaisons humaines, cet oubli profond qui nous suit, cet invincible silence qui s'empare de notre tombe et s'étend de là sur notre maison, me ramènent sans cesse à la nécessité de l'isolement. Toute main est bonne pour nous donner le verre d'eau dont nous pouvons avoir besoin dans la fièvre de la mort. Ah! qu'elle ne nous soit pas trop chère! car comment abandonner sans désespoir la main que l'on a couverte de baisers et que l'on voudrait tenir éternellement sur son coeur? (op. cit., Livre I chap 4, p. 72)

À peine étais-je né, que j'ouis parler de mourir: le soir, un homme allait avec une sonnette de rue en rue, avertissant les chrétiens de prier pour un de leurs frères décédé. Presque tous les ans, des vaisseaux se perdaient sous mes yeux et, lorsque je m'ébattais le long des grèves, la mer roulait à mes pieds les cadavres d'hommes étrangers, expirés loin de leur patrie. Madame de Chateaubriand me disait comme sainte Monique disait à son fils [Augustin]; Nihil longe est a Deo, «rien n'est loin de Dieu» [...]

La première chose que j'ai sue par coeur, est un cantique de matelot commençant ainsi:

«Je mets ma confiance,
Vierge, en votre secours;
Servez-moi de défense,
Prenez soin de mes jours;
Et quand ma dernière heure
Viendra finir mon sort,
Obtenez que je meure
De la plus sainte mort.»
(op. cit., p. 89-90)

[Se souvenant d'une de ses maladies d'enfance, Chateaubriand observe:]

Toute notre vie se passe à errer autour de notre tombe: nos diverses maladies sont des souffles qui nous approchent plus ou moins du port. Le premier mort que j'ai vu, était un chanoine de Saint-Malo; il gisait sur son lit, le visage distors par les dernières convulsions. La mort est belle, elle est notre amie; néanmoins, nous ne la reconnaissons pas, parce qu'elle se présente à nous masquée et que son masque nous épouvante.
(Livre II, chap. 4, op. cit., p. 142)

Ces arbres naquirent et crûrent avec mes rêveries; elles étaient les Hamadryades [nymphes qui vivaient sous l'écorce de certains arbres]. Ils vont passer sous un autre empire: leur nouveau maître les aimera-t-il comme je les aimais? Il les laissera dépérir, il les abattra peut-être; je ne dois rien conserver sur la terre. C'est en disant adieu aux bois d'Aulnay que je vais rappeler l'adieu que je dis autrefois aux bois de Combourg: «tous mes jours sont des adieux». (Livre 3, chap. 9, p. 199)

Recherche
>
Documents associés
Ethos esthétique
Éric Volant
Évanouissement des choses (L')
Marcel Conche
Finitude et nostalgie de l'au-delà
Thomas De Koninck
Histoire de ma vie
Lao She
Impossibilité de durée dan les relations humaines
François-René de Chateaubriand
L'arrêt de mort
Maurice Blanchot
L'expérience de la finitude
Jacques Pierre
L'instant de ma mort
Maurice Blanchot
La Ligne d'ombre
Joseph Conrad
La Mort
Gérard Rochais
La mort, inéluctable envers de mes projets
Jean-Paul Sartre
La mort et la pensée
Pierre Bertrand
La souffrance en exil
Éric Gagnon
Le refus de la mort
Patrick Baudry
Le Visionnaire
Julien Green
Les corps terrestres au regard de Roland Poulin
Pierre Ouellet
Les marais (extrait)
Dominique Rolin
Lettres du Sahara
Alberto Moravia
Prière pour l'heure de ma mort
Karel Van den Oever
Rome antique: témoignages
Michel Meslin
Rome antique: brièveté de la vie
Michel Meslin
Seuil (Le)
Eric Volant
Souffrance humaine (La)
Jacques G. Ruelland
Autres documents associé au dossier La proximité de la mort ou la finitude de la vie
La proximité de la mort ou la finitude de la vie
Ethos esthétique
Éric Volant
Emmanuel Kant, Ricoeur (Paul), Canto-Sperber (Monique)
Évanouissement des choses (L')
Marcel Conche
Éternité
Finitude et nostalgie de l'au-delà
Thomas De Koninck
Histoire de ma vie
Lao She
Deuil, Économie, Proximité de la mort, Travail, Vieillards
Impossibilité de durée dan les relations humaines
François-René de Chateaubriand
Aînés, personnes âgées, vieillards, Deuil, Maison
L'arrêt de mort
Maurice Blanchot
Éthique du suicide, Suicide assisté
La Ligne d'ombre
Joseph Conrad
Culpabilité, Honte et culpabilité, Maladie
La mort et la pensée
Pierre Bertrand
Vie et mort
La mort, inéluctable envers de mes projets
Jean-Paul Sartre
Martin Heidegger, La mort incontournable et inconcevable, La mort écrite, Annoncer la mort
La Mort
Gérard Rochais
La souffrance en exil
Éric Gagnon
La mort muette, Finitude
Les corps terrestres au regard de Roland Poulin
Pierre Ouellet
Habiter son corps, Manière noire au regard de Marc Séguin, Vie et mort
Les marais (extrait)
Dominique Rolin
Lettres du Sahara
Alberto Moravia
Animaux, Enfant, Musique, Rites funéraires
L'expérience de la finitude
Jacques Pierre
Deuil, Mélancolie, Religion
Le refus de la mort
Patrick Baudry
Finitude, Vie et mort
Le Visionnaire
Julien Green
L'instant de ma mort
Maurice Blanchot
Guerre, Vie et mort
Prière pour l'heure de ma mort
Karel Van den Oever
Religion
Rome antique: brièveté de la vie
Michel Meslin
Rome antique: rituels romains, Rome antique: témoignages
Rome antique: témoignages
Michel Meslin
La vie et la mort, La mort réduite, Rome antique: rituel funéraire
Seuil (Le)
Eric Volant
Maison, Autonomie, Liberté, Femme, Victime
Souffrance humaine (La)
Jacques G. Ruelland
L'art de bien mourir, La mort ? et après ?